Ce que nous racontent les auteurs classiques :
* DION CASSIUS (155-235, sénateur sous Commode, consul deux fois)
Histoire romaine, 71, 2 : « Lucius ayant, à son arrivée à Antioche, rassemblé un nombre considérable de soldats, et ayant sous son commandement les meilleurs généraux, s'établit en personne dans cette ville pour mettre en ordre et réunir les ressources utiles à la guerre, et confia les troupes à Cassius. Celui-ci soutint vaillamment l'attaque de Vologèse, et finit, la désertion s'étant mise parmi les alliés de ce prince, par le poursuivre dans sa retraite ; il s'avança jusqu'à Séleucie et à Ctésiphon , détruisit Séleucie en la livrant aux flammes et rasa la demeure royale de Vologèse à Ctésiphon. Mais, en revenant, il perdit beaucoup de soldats par la faim et la maladie ; néanmoins il rentra en Syrie avec le reste de ses troupes. Ce succès inspira de l'orgueil et de la vanité à Lucius ; mais un bonheur si grand ne tourna pas à bien pour lui, car ayant, dit-on, conspiré dans la suite contre Marc-Antonin, son beau-père,
il périt par le poison avant d'avoir rien fait. »
* HERODIEN (Historien grec qui dit avoir été témoins des faits qu’ils raconte dans son « histoire » débutant à la mort de Marc Aurèle, il semble favorable à Marc Aurèle, a écrit vers 250)
Hérodien laisse entendre que Lucius Vérus fut assassiné sur ordre de
Marc Aurèle. Certes, Hérodien ne le dit pas directement, mais il place dans la bouche de Caracalla ces mots : "Mais Marc Aurèle lui-même, qui faisait profession d'être philosophe et humaniste, ne supporta pas les outrages de Lucius, son gendre : il
lui tendit une embuscade et l'élimina." Or, Hérodien qui semblait admirer Marc Aurèle ne dément pas les propos prêtés à Caracalla. Le fait est donc probablement digne de foi, même s'il semble peu en accord avec le personnage d'Aurèle.
* EUTROPE, Abrégé d'Histoire romaine, VIII (a vécu au IV° siècle et paraît avoir été un personnage important)
« Ensuite il revint à Rome où il partagea les honneurs du triomphe sur les Parthes, avec son frère, qui était aussi son beau-père. Enfin il mourut dans la Vénétie, en se rendant de la ville de la Concorde à Altinum; il était sur le même char que son frère, lorsque tout à coup
il fut frappé d'un coup de sang, genre de maladie que les Grecs appellent apoplexie. »
* AURELIUS VICTOR (gouverneur de Pannonie sous Julien, a rédigé ses biographies vers 360)
Epitomes, XVI, « Marc Aurèle, par un nouveau genre de bienveillance, associa à l'empire son proche parent, Lucius Annius Verus. Mais ce dernier, sur la route d'Altinum à Concordia
mourut frappé d'un coup de sang, maladie que les Grecs appellent apoplexie; il était alors dans la onzième année de son règne. »
Cesars, XVI, « Comme il mourut peu de temps après, le bruit se répandit qu'il avait été victime de la perfidie de son parent. Celui-ci, disait-on, jaloux de ses exploits, lui avait tendu un piège dans un repas. Après avoir partagé en deux portions un morceau de vulve (2), qu'il avait fait servir seul à dessein sur la table, avec un couteau dont un côté avait été frotté de poison, il en avait mangé une moitié, et, selon la coutume des personnes qui vivent familièrement entre elles, il lui avait présenté l'autre que le
poison avait touché. Les hommes capables d'un tel forfait, pouvaient seuls en accuser un si grand homme ; en effet, il est assez constant que Lucius mourut de maladie à Altinum, ville de la Vénétie.»
* Histoire Auguste, Pseudo-Julius Capitolinus (faux document d’époque, l’auteur a pris divers pseudonymes et dit rédiger ses histoires à la fin du IIIe siècle - début du IVe siècle, alors qu’il l’écrit probablement à la fin du IVe, voire au début du Ve siècle).
VERUS, IX, 11 : « Mais non loin d’Altium où il était en voiture, Lucius Vérus fut brutallement frappé par cette maladie qu’on nomme l’
apoplexie. On le sortit de la voiture, on lui fit une saignée et on le conduisit à Altinum où il mourut après 3 jours de comas. »
VERUS, X, 1 : « On raconte aussi qu’il aurait eu des liens incestueux avec sa belle-mère,
Faustine : c’est elle qui
aurait été l’artisan de sa mort en lui offrant traîtreusement des huites empoisonnées… » … 3 «
On impute souvent à sa femme (Lucilla) la responsabilité de sa mort… »
VERUS, XI, 2 : « Il circule également une autre histoire, que dément la vie de
Marc, d’après laquelle ce dernier
aurait offert à Vérus un morceau de tétine de truie empoisonné après l’avoir partagé avec un couteau enduit de poison sur un des cotés de la lame. Mais c’est une infamie d’imputer à Marc un tel acte, même si l’état d’esprit et le comportement de Vérus le justifiaient. C’est pourquoi nous ne laisserons pas cette accusation dans l’incertitude. Du reste nous l’avons déjà rejetée en la balayant et en la réfutant complètement, car depuis Marc jusqu’à notre époque, à l’exception de Votre Clémence, Dioclétien Auguste, même la flatterie semble incapable d’avoir imaginé un tel empereur. »
MARC ANTONIN, XV, 5 : Aucun prince n’est à l’abris des calomniateurs et
Marc n’y échappa pas : le bruit couru qu’il
avait supprimé Vérus, soit en l’empoisonnant … soit encore en recourant au médecin Posidippe, qui lui aurait fait une saignée intempestive… »