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 A propos de l'identification d'un revers de NéronVoir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
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Iotapianus
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Age : 25
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MessageSujet: A propos de l'identification d'un revers de Néron   Mar 6 Mai - 22:21

Il s'agit d'un post qui sera lié à une fiche sur une monnaie de Néron que je fais pour le site de Fred. Il y a des divergences d'avis, et, plutôt que de surcharger la fiche de la monnaie, je préfère mettre mes arguments ici. Il y a aussi l'avantage de pouvoir débattre ouvertement, et que les arguments se répondent entre eux. Car je sais que certains ne sont pas de mon avis . Wink

Il s'agit d'un aureus et/ou denier de Néron, RIC 44-45.


Aureus de Néron (RIC 44), Numismatica Ars Classica, Auktion 27, Mai 2004, n° 332



Voici la description de la monnaie : deux personnages debout, à gauche ; le personnage de gauche, un homme, porte la toge et une couronne radiée. Il tient dans sa main droite une patère, et dans sa main gauche un sceptre. Le personnage de droite, féminin, est drapée et porte un voile. Elle a dans sa main droite une patère, dans sa main gauche une corne d’abondance.
Habituellement, la couronne radiée indique le caractère divin d’un empereur mort ; la patère est un signe de piété religieuse, et la cornucopia un signe d’abondance.

En 1882, Cohen prétendit que les personnages étaient Auguste et Livie. Mattingly (1923) identifie les personnages à Néron et à "the Empress", sans dire laquelle. McDowall (the Western Coinages of Nero, 1979) également. Sutherland (RIC² 1984) de même. Cependant, Giard (1989) et Sear (2000) y voient Auguste et Livie.
Claude et Agrippine, enfin, ont été évoqués.

*****


Partons de la dernière hypothèse, celle qui nous semble la moins vraisemblable. L’affection de Néron pour Claude n’a pas laissé de traces impérissables. Après son accession, la première émission des monnaies de Néron, datée de 54 par Sutherland, nous montre des aurei et deniers portant au droit le portrait de Claude, avec la titulature DIVVS CLAVDIVS AVGVSTVS, et, au revers, un quadrige richement orné, surmonté de chevaux et de victoires.


Aureus de Néron, RIC 4, Numismatica Ars Classica, Auction 31, 26 octobre 2005, n°25


La pietas commandait à Néron d’honorer son père adoptif. Le meilleur exemple à suivre était celui de Tibère. Les funérailles nationales furent donc suivies de l’apothéose (TAC. Ann. 13, 2). Cependant, rien de profond dans le deuil : Tacite décrit l’ « imitation de la douleur » des membres de la famille impériale (TAC. Ann. 13, 4). Cette douleur feinte se retrouve largement dans la brièveté des émissions au nom de Claude : si Tibère a émis des monnaies au nom d’Auguste tout au long de son règne, Néron se limite à la première année de son principat. Il ne fera plus allusion à son père adoptif par la suite. De plus, comme le note Suétone (Claud. 45), « Néron laissa tomber, puis abolit son culte [celui de Claude divinisé], que rétablit plus tard Vespasien. ». On peut voir un signe de ce renoncement au souvenir de Claude dans le fait que, sur les monnaies de métaux précieux, Néron abandonne rapidement, dès 55-56, le praenomen Claudius dans les titulatures. Jusqu’à la fin de son règne, il sera Nero Caesar.
Pour ce qui est d’Agrippine, nous n’imaginons pas, après le récit de Suétone et de Tacite concernant le matricide de 59, que Néron eût besoin d’honorer sa mère. Au contraire, une fois sa mère morte, il pouvait vivre librement son amour pour Poppée, et régner seul.

*****


La nouvelle tendance (Giard 1989 ; Sear 2000) semble être d’identifier les personnages à Auguste et Livie. En effet, les noms de la titulature pourraient amener à le penser : Auguste serait alors appelé par son cognomen, et Livie par le titre qu’elle a reçu par testament d’Auguste en 14 de n. è. De plus, la couronne radiée, jusqu’à cette époque, était, à Rome, le signe de l’empereur divinisé : c’est la couronne que portait Auguste dans les émissions de Tibère avec la titulature DIVVS AVGVSTVS PATER (RIC 70-83) et de Caligula (RIC 1-4 etc) avec la titulature DIVVS AVGVSTVS PATER PATRIAE.


As émis par Tibère (RIC 81), CNG, Triton XI, 8 janvier 2008, n° 876



Le second empereur a avoir été divinisé fut Claude,mais on ne le voit pas porter de couronne radiée : Sénèque rappelle à juste titre qu’il n’a pas joui de l’apothéose, mais de l’apocoloquintose. La couronne de citrouille n’avait pas sa place sur les monnaies.

Nous ne voyons pas bien ce que Néron devrait à Livie. Sa mère en était follement jalouse (TAC. ann. 12, 69) : elle aura sans doute appris à Néron à la détester. De plus, Néron n’a pas même connu Livie, contrairement à Galba, qui a eu plus de raison de la représenter.
En ce qui concerne la couronne radiée, il faut noter que, chez Néron, elle a quelque particularité : il est le premier empereur à se faire représenter vivant, sur le droit des monnaies, avec cette couronne (nous ne pensons pas, contrairement à P. Bastien, que le dupondius RIC 56 de Gaius le représente, au revers radié ; nous suivons le RIC et le BMCRE et pensons plutôt qu’il s’agit d’Auguste). On trouve la couronne radiée sur les dupondii principalement. Mais il faut bien se garder de généraliser en invoquant le signe distinctif entre l’as et le dupondius : en effet, ce qui sera systématisé plus tard ne l’est pas chez Néron. Il porte parfois la couronne radiée sur les dupondii, parfois la couronne laurée. En 64, les dupondii sont tous radiés et portent la marque de valeur II, à Rome comme à Lyon. La séparation entre les deux ateliers intervient en 65 : à Rome, on note la concurrence de la couronne radiée et de la couronne laurée pour cette année-là, tandis qu’à Lyon, la couronne radiée disparaît complètement du droit des dupondii jusqu’à la fin du règne de Néron. En outre, dans le monnayage de Rome, on trouvait des as à tête radiée portant ou non la marque de valeur I (RIC 205) : tous les types d’as frappés de 62 à 64 sont susceptibles de présenter un avers avec une couronne radiée, preuve ultime que cette couronne n’est pas réservée à la distinction de deux dénominations. Enfin, il faut se rappeler, même si Alexandrie n’est pas Rome, que Néron se fait représenter avec la couronne radiée sur les tétradrachmes.
On peut donc conclure que, chez Néron, la couronne radiée n’est pas synonyme de divinisation. Elle a un caractère divin indéniable, mais est portée par un empereur vivant.

*****


Nous pensons plutôt qu’il faille revenir à l’identification de Mattingly. Celui-ci prétend fermement que « the standing figures are undoubtedly not Augustus and Livia (who would be « Divus », « Diva ») (clxxiii). Il note à juste titre que l’impératrice porte les attributs que porte la Concordia sur les monnaies de métaux précieux de la même émission (RIC 48-49) : la patère et la corne d’abondance.


Denier de Néron, RIC 49, H. D. Rauch , Mail Bid Sale 9, 23 septembre 2005, n°659



Or, si l’on regarde le monnayage postérieur, la concordia est très souvent évoquée sur des revers présentant les époux impériaux. En outre, la forme simplement féminine du nom désignant le personnage féminin la montre comme la « femelle » du personnage masculin. On a donc affaire à un couple. Mais lequel ?
Claude et Agrippine ont été exclus ; restent Auguste et Livie d’un côté ; d’un autre, Néron et Poppée, voire Néron et Statilia Messalina.

La monnaie a été émise, d’après le classement de Sutherland, en 64/65. D’après Tacite (Ann. 14, 60), Néron épousa Poppée en 62, après avoir chassé Octavie, la fille de Claude. En 63 naît de leur union une fille : « il l'appela Augusta et donna en même temps ce surnom à la mère » (TAC. Ann. 15, 23). C’est donc en 63 que Poppée reçoit le titre d’Augusta, soit un an avant l’émission de la monnaie qui présente une Augusta. Sutherland prétend que ce même type a été émis au cours d’une seconde émission : il est en tout point identique au type de la première émission. Seul le portrait changerait, selon l’auteur.
Mais Poppée mourut en 65 (SVET. Nero 35 ; TAC. Ann 16, 6). Néron épousa en troisième noces Statilia Messalina. Nous ne pensons pas, contrairement à Sutherland, que la seconde émission post-réforme des métaux précieux doive comporter ce type monétaire. En effet, une fois Poppée morte au cours de l’été 65, il apparaît improbable que Néron continue à faire frapper une monnaie à son effigie. Et si l'on admet une seconde émission de ce type en 65/66, c’est faire peu de cas de l’amour véritable que Néron vouait à Poppée : pour l’une comme pour l’autre épouse, il aurait été peu délicat de les représenter semblablement sur une même monnaie. D’ailleurs, le dernier mariage de Néron n’est pas heureux : le prouvent bien les désordres de sa vie privée avec Sporus, l’affranchi qu’il avait choisi pour sa ressemblance avec Poppée et qu’il avait fait châtrer.
Il nous semble donc que le personnage féminin ne soit pas Livie ni Statilia, mais bien Poppée.

Reste à parler du personnage masculin. Partons de la conclusion : si la femme est Poppée, l’homme est Néron. En renversant la situation à la fin, on pourra également montrer que, si l’homme est Néron, la femme est donc Poppée.
Nous avons déjà parlé de la couronne radiée : Néron la porte sur les as et les dupondii dès 63, voire 62 (RIC 109, 111 pour les dupondii, RIC 121, 123 pour les as). La date d’apparition de cette couronne correspond donc avec la date d’émission du type agugstus / augusta, qui arrive un an après. On peut rétorquer que, sur les bronzes, la couronne radiée se trouve au droit des monnaies, sur des portraits uniquement. Mais il existe un autre type que l’on rencontre sur les monnaies de métaux précieux, celui qui porte la titulature AVGVSTVS GERMANICVS (RIC 46-47) :


Denier de Néron, RIC 47, Tkalec AG, Auktion 2006, n° 133



On y voit au revers un personnage debout, de face, portant la toge, une couronne radiée, une branche et un globe nicéphore. Il ne fait pas de toute que c’est Néron : la titulature de revers réutilise un cognomen qui était utilisé au début du monnayage de Néron et qui avait disparu depuis 55. Elle complète en outre la titulature de droit qui est simplement NERO CAESAR. Ce retour de l’élément Germanicus est sans doute à mettre en relation avec les victoires de Corbulon en Arménie, en 63. Ainsi, on trouve une autre occurrence d’une représentation de Néron au revers d’une monnaie, portant la couronne radiée.
On peut noter en outre chez Néron l’apparition de nouveaux éléments touchant la personne de l’empereur, notamment l’introduction de l’égide sur les bustes. On la rencontre d’abord à Antioche en 59-60, puis à Rome de 63 à 67, sur les sesterces, et à Alexandrie en 64-65. Cet élément le rapproche de Jupiter et de Minerve. De plus, la coiffure « héroïque », que Néron arbore sur les monnaies en métaux précieux postérieurs à la réforme rappelle celle d’Alexandre le Grand, avec la couronne qu’elle forme autour du front, et va dans le même sens. Il faut en effet noter que l’apparition de l’égide, de la couronne radiée et de la « coiffure héroïque » sont contemporaines. On peut voir une belle représentation de cette "coiffure héroique", ou "en couronne" sur le denier illustré juste au dessus.
H. P. L’Orange va même jusqu’à parler de tentative d’apothéose en Hélios. On peut en effet remarquer chez Néron et dans son entourage proche la place importante que prend le dieu Sol. Après l’échec de la conjuration de Pison, Tacite (TAC. ann. 15, 74) nous apprend qu’ « on décerna ensuite des offrandes et des actions de grâces à tous les dieux sans distinction, avec des hommages particuliers au Soleil », sous prétexte que ce dieu avait dévoilé la conjuration. On voit donc que Sol tient une place plus importante que les autres dieux. De plus, le début de la Pharsale de Lucain présente un éloge de Néron dont plusieurs détails le font assimiler au Soleil : d’abord (LVCAN. 1, 47-51), une fois divinisé, Néron pourra soit régner (seu sceptra tenere), soit monter sur le char de Phébus (seu (…) conscedere currus). Apollon est un dieu qui est également proche du soleil, et le fait que Néron monte sur son char nous rappelle le mythe de Phaéton, un des fils du Soleil, qui a emprunté son char. Indirectement, Lucain nous présente Néron comme fils du Soleil. Plus loin (LVCAN. 1, 55), Lucain compare Néron à un astre (« obliquo sidere »). La divinité de l’empereur est déclarée (« sed mihi jam numen », LVCAN. 1, 63), et l’inspiration dont il est source est supérieure à celle de Bacchus et d’Apollon. Dernière illustration, enfin, Dion rapporte que lors de sa venue à Rome, Tiridate salue en Néron le dieu Mithra (62, 5, 2) : « et je suis venu à toi, mon dieu, pour te vénérer comme je vénère Mithra ». Le dieu Mithra, d’origine perse, est le dieu de la lumière et du ciel, et a été assimilé par les Romains au soleil. On imagine bien que Tiridate a été conseillé par des proches de Néron pour le saluer ainsi, pour que l’ambassade soit menée à bien. Cette scène a aussi eu l’avantage pour Néron d’être publique : ainsi, il est salué comme Sol devant la plèbe de Rome. Néron espère certainement que la foule continuera de l’appeler ainsi. On peut donc dire que le prince fait beaucoup pour être assimilé au dieu Sol, et son monnayage, avec la couronne radiée, reflète cet aspect de son idéologie.

*****


Ainsi, la date d’émission de la monnaie, en 64/65 semble nous pousser à identifier le personnage féminin à Poppée, qui reçut le titre d’Augusta en 63, et mourut en 65. Quant au personnage radié, il s’agit indéniablement de Néron, qui, à partir de 64, a laissé libre cours à sa volonté d’être assimilé à une divinité, solaire visiblement. Son apparence, avec sa couleur de cheveux subflauus, blond tirant sur le roux, le prédestinait à cette assimilation. La titulature AVGVSTVS ne désigne pas Auguste, mais la fonction d’empereur. Elle illustre l’empereur qui règne en ce moment, comme le Victoriae Augusti, qui ne sont pas les victoires d’Octave-Auguste, mais celles de l’empereur du moment.
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MessageSujet: Re: A propos de l'identification d'un revers de Néron   Mer 7 Mai - 10:38

Démonstration brillante et convaincante pour moi. salut6
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